Inflation et Bitcoin

Pour en finir avec le sujet de l’inflation et Bitcoin

Le sujet de l’inflation s’invite souvent dans les discussions autour de Bitcoin. Certains passionnés de Bitcoin affirment qu’il est la solution à tous les maux liés à l’inflation; certaines compagnies, notamment Microstrategy, l’utilisent comme une sorte de police d’assurance contre l’inflation, allant jusqu’à conserver une partie de leur trésorerie en bitcoin. Même le chef du Parti conservateur du Canada, Pierre Poilievre, suggère aux Canadiens d’utiliser Bitcoin comme une sorte d’échappatoire aux effets néfastes de l’inflation. Cette affirmation a d’ailleurs été décriée par l’ensemble de la classe politique canadienne et par plusieurs journalistes et économistes.

Bitcoin est-il un remède à l’inflation ?

Pour répondre à cette question, nous devons d’abord nous intéresser aux différentes définitions du mot inflation. Les définitions varient d’un dictionnaire à l’autre.

Une question de sémantique :

Selon Le Robert, l’inflation est un :

«accroissement excessif des instruments de paiement (billets de banque, capitaux) entraînant une hausse des prix et une dépréciation de la monnaie (s’oppose à déflation).»

Tandis que le Larousse définit l’inflation comme une :

«situation ou phénomène caractérisé par une hausse généralisée et continue du niveau des prix.»

Ce que l’on remarque ici c’est que pour le Larousse, le mot inflation décrit simplement le phénomène de l’augmentation généralisé des prix, sans en mentionner les causes (qui peuvent être multiples).

De son côté, Le Robert s’attarde plutôt à décrire la cause du phénomène, soit l’accroissement excessif de la masse monétaire, duquel découle les hausses de prix, dû à la dépréciation de la monnaie.

En vérité, cette disparité s’explique par l’évolution sémantique du mot inflation qui décrivait à l’origine le phénomène de l’expansion de la masse monétaire rendu possible par l’arrivée de la monnaie papier. Avec le temps, le mot s’est détaché de plus en plus de sa définition d’origine et est maintenant synonyme de l’augmentation des prix, mesuré par l’indice des prix à la consommation (IPC).

Lorsque la Banque du Canada décrit qu’elle a le mandat de limiter l’inflation à une fourchette de 1% à 3%, elle ne fait pas référence à de la masse monétaire mais bien à l’IPC.

Le lien entre la création monétaire et l’inflation

CC BY – Blowing the financial bubble par vectorportal

Dans le système monétaire actuel, ce sont les banques privées qui font le plus gros de la création monétaire. Cette création monétaire par le biais de l’octroi de prêts est directement influencée par le taux directeur décrété par la banque centrale. Plus le taux est bas, plus les banques vont prêter.

Éventuellement, si l’économie surchauffe, la Banque du Canada augmente le taux directeur dans l’espoir que les octrois de prêts (i.e. la création monétaire) ralentissent.

Et pourtant, la plupart des économistes s’accordent pour dire que la création monétaire ne crée pas d’inflation, lorsqu’elle est accompagnée d’une croissance économique équivalente. Il est tout à fait vrai qu’un certain pourcentage d’augmentation de la masse monétaire accompagné d’un certain niveau de croissance économique va limiter l’inflation à l’intérieur des limites prévues par le mandat de la banque centrale. Il reste que, une inflation, même limitée, reste de l’inflation.

La plupart des économistes vont aussi s’entendre sur le fait que si la croissance économique n’est pas accompagnée d’une croissance équivalente de la masse monétaire, un phénomène catastrophique appelé déflation s’ensuivra.

La déflation

Encore une fois, il s’agit d’une question de sémantique. Ce phénomène décrié par ces économistes décrit une contraction de l’économie auquel s’ensuit une baisse généralisée des prix.

Pourtant, la déflation peut aussi avoir une autre définition, soit une appréciation de la monnaie, qui résulte en une baisse généralisée des prix. C’est exactement ce qui se passe lorsqu’une croissance économique n’est pas accompagnée d’une croissance de la masse monétaire, la monnaie prend nécessairement de la valeur.

La déflation n’est donc pas nécessairement un phénomène catastrophique tel que décrit dans manuels d’économie. Tout dépend de la cause, soit une contraction de l’économie ou bien une croissance économique sans une croissance équivalente de la masse monétaire.

Il est à noter ici dans un système économique alimenté par la dette, comme c’est le cas en ce moment, la déflation est définitivement un problème, même si elle découle d’une croissance économique car elle peut à elle seule déclencher une crise économique temporaire.

Et Bitcoin dans tout ça ?

Et donc, est-ce que Bitcoin peut être une solution à l’inflation ? Vous aurez compris que tout dépend de la définition.

Comme Bitcoin a une masse monétaire fixe et connue d’avance, personne ne peut décider de diluer votre part du gâteau en imprimant plus de Bitcoin. Donc, si on parle d’inflation en terme d’augmentation de la masse monétaire, oui, Bitcoin vous protège de l’inflation, mais seulement si elle est mesuré en bitcoin.

La perte de pouvoir d’achat

Si au contraire on définit l’inflation par l’augmentation généralisée de prix ou par la perte de pouvoir d’achat, Bitcoin ne vous en protège pas nécessairement.

De un, la valeur de Bitcoin en dollar varie beaucoup de jour en jour et il n’est pas rare de perdre (ou gagner) 30% en pouvoir d’achat dans la même journée.

De deux, les causes de l’augmentation généralisée des prix sont multiples. Par exemple, Bitcoin ne vous protège pas contre l’augmentation des tarifs de l’énergie, de la guerre ou des problèmes de chaîne d’approvisionnement.

Un choix individuel

Sur le long terme, s’il continue à être de plus en plus adopté comme c’est le cas depuis 2009, et si on tient compte du caractère limité de la masse monétaire de Bitcoin, on peut considérer qu’il est en effet une sorte d’échappatoire aux effets de l’inflation. Certaines personnes vont décider de conserver de la valeur dans cet actif que l’on ne peut diluer. Il est tout à fait probable qu’avec le temps, à cause de la création monétaire, les prix continuent de monter lorsqu’ils sont mesurés en monnaie d’État (inflation) mais qu’ils baissent lorsqu’ils le sont en bitcoin (déflation).

Évidemment ceci implique une certaine tolérance des individus quant aux fluctuations du cours de Bitcoin en dollars.

Au final, cela reste un choix individuel, à moins que votre pays ne décide d’adopter Bitcoin comme monnaie légale. À ce sujet, tous les pays avec une vraie souveraineté monétaire, comme le Canada, risquent d’être les derniers à faire ce pari audacieux, le privilège de la création monétaire n’étant pas un pouvoir facile à abandonner.